La Générale Partie 3 #20

Shimmy Yo Space

LadYLAIM Newsletter
3 min ⋅ 19/10/2026

Je m'appelle HDJ. Enfin, pour les intimes, les soignants et les habitués. 

Officiellement, on m'appelle l'hôpital de jour, mais entre nous, c'est bien plus qu'un service médical : c'est un théâtre permanent.

Je suis ouvert tous les jours pour accueillir tout ce monde. Autant dire que je ne respire que les soirs et les week-ends, et finalement, heureusement. Bien que tout se passe dans la plus grande bienveillance, je ne connais que peu de répit. Je ne me plains pas : je fais simplement le constat qu'une bonne ambiance règne tout au long de la journée, même si je suis bien content quand tout le brassage s'arrête.

On m'entretient pour me rendre accueillant. Vous me direz, c'est pour que les patients aient envie de revenir... Bon, soyons honnêtes, ils n'ont pas vraiment le choix. Mais j'aime qu'ils se sentent bien chez moi, c'est important.

Pour ça, il y a des spécialistes : l'ASH qui veille à ce que tout soit nickel tout en prenant soin des gens, et les infirmières qui prennent le temps de me décorer. Actuellement, je suis vêtu de rose pour Octobre Rose : une déco à la fois sobre et chaleureuse, au point que certains restent pour contempler les affichages comme si j'étais un musée. Grâce à tout ce personnel, mon estime de moi remonte chaque jour. Avouons qu'il y aurait de quoi déprimer en voyant défiler tous ces malades. Mais grâce à leur bonne humeur et à leur brin de folie, je suis toujours content de mes journées, même si je finis épuisé.

Je reçois des patients, enfin, j'ai du mal à dire ce mot, même c'est une réalité. S’ils n'étaient pas malades, ils ne viendraient pas me voir. Néanmoins, je préfère les appeler les « invités » c’est plus sympa et ça me rend encore plus sympa ! L’autosatisfaction… Mais au fond, c'est bien de cela qu'il s'agit : cesser d'être un simple objet médicalisé pour redevenir un sujet à part entière.

Pour en revenir à eux, ça brasse, et ça brasse tous les jours. Et croyez-moi, ce n’est pas de l’air ! 

Leurs plannings sont réguliers, alors je finis par bien les reconnaître. Les catégories socioprofessionnelles et les maladies s'y lissent complètement, un peu comme à la plage. Il y a de tout et la liste n’est pas exhaustive :

  • Les « discrets », qu'on n'entend pas, qui se laissent porter par les protocoles en esquissant des sourires, tentant de prendre ce temps pour eux.

  • Les « habitués », là depuis un bout de temps, qui connaissent toutes les infirmières et se sentent littéralement chez eux.

  • Les « moins discrets » (loin de moi le jugement, c'est un simple constat), qui parlent fort, mais qui eux aussi, se sentent vivants dans cet espace. 

Dans un souci de confidentialité, les infirmières les appellent par la première lettre de leur nom avec un titre de civilité bien sûr.

C'est tout le paradoxe de cet espace : la convivialité, on met la maladie de côté... alors qu'on est en plein dedans.

Évidemment, j'aurais préféré ne pas exister, ou que la maladie n'existe pas. Mais ce serait vivre chez les Bisounours. 

Plutôt que d'alimenter une forme de déni, j'aime me dire que d'accueillir toutes ces personnes me donne une vraie raison d'être. Non seulement pour les « invités » , mais aussi pour leurs hôtes, pour qui je suis une sorte de second foyer où il fait bon vivre. Je me sens utile, et soyons honnêtes : j'aime être choyé. 

Je peux le confirmer, si on ne se sent pas un temps soit peu chez soi, on ne colle pas des photos dans un espace dédié ? Ça démontre bien un souci d’appartenance et d’appropriation des lieux, non ? C'est la marque même du sujet qui s'enracine et s'approprie son monde, même minuscule.

J'entends énormément de choses, mais fort heureusement, je ne mémorise pas tout. Surtout je sais garder les secrets. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que « les murs ont des oreilles » ou de façon plus humoristique et un peu détournée:  « tout ce qui se passe chez HDJ reste chez HDJ ». 

Et parce qu'il s'agit de l'Humain avec un grand H, aucune journée ne se ressemble. 

Ce que j'aime par-dessus tout, c'est le mouvement, c'est la vie. Parfois, la vie génère du bruit (ah ah !), mais au fond, quand il y a du bruit, je me sens vivant. Les invités discutent entre eux, transformant presque l'endroit en un espace social, un espace de bien-être. C'est étrange à dire, mais c'est une réalité, le goût de la vie et des paradoxes. Et, je n’ai pas parlé des « pompes » qui donnent un semblant de vie également, elles bipent… pour diverses raisons. Et ces bip, bien qu’ils soient bruyants, suscitent des réactions différentes chez les uns et chez les autres. Parfois, je sens une forme d’oppression pour les hôtes parce que toutes les machines ont décidé de sonner en même temps dans un même box. Et chez certains invités, ces bips procurent de la joie à l’idée de la fin de la perfusion. 

Oh oui, les hôtes se démènent vraiment pour que leurs invités se sentent bien et que les soins soient aussi efficaces qu'humains. Une chaleur et une convivialité palpables renforcées par ces petits rituels où l'on partage bien plus que des protocoles, comme par ex, ces quelques invités qui apportent parfois du fromage ou des gâteaux faits maison pour toute l'équipe.

Pas plus tard que ce matin : voilà qu'une invitée transforme les bonjours en jeu, enchaînant les salutations avec les infirmières au point qu'on lui lance qu'elle est accueillie comme une reine.  « A star is born. »  Amusée, elle réclame en riant le même traitement de faveur pour son mari, pourtant un brin sauvage, qui ne va pas tarder à pointer le bout de son nez. Chose promise, chose due : à son arrivée, l'équipe lui décoche une ola et des "bonjouuuur" en cascade, qu'il ne comprend absolument pas, n'étant pas dans la confidence. Un moment délicieux où j'ai bien ri, où tout le monde a ri. Ces micro-instants que l’on grave dans une journée. 

Parfois, je me demande même comment certains font pour dormir quand l'ambiance est aussi agitée.  Mais c’est dans ces moments-là que je me dis que chacun est pleinement là, sujet de son existence, acteur de sa présence. 

En tout cas, je suis assez fier : je sens que chaque invité qui ressort est plutôt satisfait, même si on parle de soins lourds. J'aime ce paradoxe magnifique, se sentir vivant, relié et en paix là où la souffrance rôde, un paradoxe qui donne du baume au cœur pour s'améliorer davantage au quotidien.

Puis arrive le moment où il n'y a vraiment plus un chat. Au début, ça ressemble à un sentiment d'abandon, presque de solitude... mais ça devient vite un répit. Le pire, ce sont les fins de semaine où je sais que je vais être seul durant deux jours. Plus une vie...

Mais je me réjouis déjà à l'idée d'entendre de nouveau les anecdotes des infirmières, les discussions des invités, mais aussi invités-infirmières et d'entendre l'une d'elles parler du concert d’une certaine Céline, ou encore de surprendre une infirmière parler aux pompes comme à des êtres vivants et dire à une des invitées « elles aiment bien qu’on leur parle ». 

Y a de la vie,  et « Y a d’la joie, bonjour bonjour les hirondelles ! »

LadYLAIM Newsletter

Par Mia

Au fond, peu importe qui je suis : juste une personne traversant le tumulte de la vie composée de ses hauts et de ses bas, exactement comme vous.

Ce qui compte, c'est ce qu'on fait de ce temps de lecture partagé.

L'écriture comme la danse sont pour moi des espaces de réflexion, des espaces de détente, des espaces de bien-être qui me permettent de poser quelques mots, des mouvements, de poser le cerveau aussi. De façon générique, une façon d'occuper son temps et de donner du sens au scroll pour effectuer des recherches ahah. La catégorie socio professionnelle importe peu. Ce n'est, en tous les cas, pas le propos de cette newsletter.

Au delà des nombreuses casquettes que je porte, je reste et demeure néanmoins vivante et encore plus actuellement, dans ce tumulte émotionnel.

Alors qui suis-je ? Une exploratrice du quotidien et des émotions.

Quelqu'un qui cherche du sens là où d'autres ne voient que du bruit, et qui a choisi l'écriture et la danse comme boussole pour traverser le tumulte.