Un jour de scroll, en quête de stimulation cognitive, parce que malheureusement, les traitements ont leur manière d'émousser l'esprit, elle s'est dit : pourquoi ne pas faire une visite virtuelle d’un musée ? S'évader, s'imprégner d'art, sans risque d'être contaminée par la foule. Apprendre, même si tout ne reste pas. Et scroller “utilement” …
Ce sera le musée Picasso de Vallauris, dans le sud de la France. Celui de Paris, elle le connaît ; celui-ci, pas encore. L'exposition s'intitule « Guerre et paix ». Quel hasard, par les temps qui courent. Elle laisse l'actualité au monde et se cantonne à son histoire.
La guerre, d'abord. Depuis le début, elle parle de victoire, de combat, d'escadrons, d'infanterie. Rester actrice de sa vie, être sujet sont des combats bien réels. Mais il y a aussi les escarmouches : ces attentions si maladroites qu'elles en deviennent piquantes, ces phrases toutes faites qui la ramènent, chaque fois, au statut de malade. Elle le répète : la maladie ne la définit pas. Elle est passagère, et toutes deux apprennent à cohabiter.
L'une s'est invitée, l'autre doit l'accepter, sous peine de déni.
De cette visite, elle retient ceci : après la 2nde guerre, Picasso s'installe dans le sud à Vallauris en 1948, et ses œuvres portent le besoin de paix.
Elle ne dira pas que leurs histoires se ressemblent, loin de là cette idée. Mais elle s'en saisit, comme d'un pas de côté.
La paix. Celle de la cohabitation, de l'acceptation. Avancer malgré les obstacles, mettre un pied devant l'autre. La paix aussi pour les maladresses : la maladie tend un miroir, et devant lui, certains préfèrent dire une “absurdité” plutôt que rien. Alors qu’au fond, ne rien dire, c’est OK :).
Probablement par peur du vide, l’angoisse du silence. Ce n'est pas une faute, seulement un manque de lecture.
Alors pardonner, c'est déjà être en paix. De grands penseurs et auteurs ont formulé cette même idée spirituelle et philosophique bien avant notre époque comme Gandhi, les philosophes bouddhistes, Martin Luther King etc.
La formulation a été aussi reprise “Pardonner, c'est lever la culpabilité de l'autre et introduire la paix en soi” par Damien Berrard, artiste plasticien, peintre, ancien musicien et théoricien de l'art français.
C'est là que le pardon trouve toute sa place, non pas comme une grâce accordée d'en haut, mais comme un outil de liberté intérieure. Car pour pardonner aux autres leurs maladresses, encore faut-il comprendre d'où elles viennent. C’est ce basculement qui opère lorsqu’on accepte de regarder au-delà des mots gauches : on passe de la blessure subie à l'observation apaisée. La maladie fait naître de tout : du silence à la sur-empathie, jusqu'à ces bontés qui semblent trouver dans le geste leur propre récompense.
Plutôt que de subir ces maladresses comme de petites agressions, elle surprend parfois en elle une posture d'anthropologue bienveillante : un petit “Tiens, voilà la peur qui parle à nouveau” intérieur. Une manière de remettre de la distance, et surtout, de la souveraineté.
Elle sourit, et poursuit sa visite, habitée par ces questions qui dépassent le cadre de l'écran. Au-delà du vertige de la mort, pourquoi la simple vue de la vulnérabilité suscite-t-elle des réactions si disparates ? Pourquoi ces maladresses viennent-elles piquer là où ça résonne ? Sans doute parce que la maladie des autres est un miroir tendu à notre propre fragilité, une ombre portée que l'on préfère conjurer par des mots maladroits plutôt que par le silence.
La visite virtuelle s'achève, mais ce pas de côté, lui, valait le voyage. Et bien sûr, le combat continue.
